Le Reining : un contrôle permanent

Cet article est issu du magazine L’équimag n°13

Le Reining : un contrôle permanent

Rencontrer Bernard Fonck n’est pas chose aisée. Quand il n’est pas en démonstration aux Pays-Bas il est en concours en Allemagne en Finlande ou ailleurs en Europe ou il donne cours en dehors de son ranch et quand il s’y trouve il n’y a que l’heure du midi qui convienne. En dehors de celle-ci : il travaille comme un forcené montant chaque jour entre douze et quinze chevaux appartenant à des propriétaires privés. Son métier : entraîneur. Sa vocation : compétiteur. Sa discipline : le reining.

Texte : Frédéric Bastien
Photos : Dirk Caremans

Le Rawhide Ranch à Herentals au milieu de la campine anversoise ne se distingue en rien d’une écurie traditionnelle si ce n’est par le type de chevaux qui y est présent : le quarter horse. Deux grandes pistes extérieures une intérieure de dimension impressionnante à l’américaine pour pratiquer un sport venu de là-bas. Trois chevaux travaillent sous le regard d’un cavalier réglant tout depuis le coin de la piste.
L’équipement attire aussi le regard : selle américaine rennes longues tombant le long des épaules de ces chevaux de petite taille à la musculature impressionnante à la robe luisante et aux jambes solides courtes fatalement et bien en harmonie avec une masse consistante surtout à hauteur de la croupe très développée qui augmente l’impression de puissance.
Les mouvements sont circulaires exécutés avec précision et régularité tout en variant la vitesse. La tête et l’encolure sont basses dans un galop de belle allure léger presque aérien. Un cours se termine. Avant notre rencontre Bernard Fonck qui monte un buckskin (« peau de daim » couleur crème aux crins noirs geais) effectue une série de sliding stops d’arrêts en glissade. Son cheval lancé en plein galop sur une ligne bien droite est stoppé sur l’arrière-main qui s’enfonce sous lui et dans le sol freinant l’animal alors que les antérieurs continuent à évoluer dans un mouvement de trot. C’est spectaculaire et c'est l’une des figures particulièrement appréciées de cette discipline reprise sous l’appellation générale de monte américaine. Une fois l’arrêt total obtenu sur la même distance qu’au galop le cavalier fait légèrement mais promptement reculer le cheval (backing) au trot complètement replié sur lui-même le dos bien rond.

Raison médicale

Jusqu’il y a sept ans maintenant ce cavalier-là était homme de randonnée et boucher en gros de profession. Il est venu à cette monte particulière pour raison médicale et… amoureuse. Blessé et opéré au dos son médecin lui a conseillé le quarter horse pour ses grandes qualités de cheval confortable au tempérament bien trempé sans doute moins fougueux et moins imprévisible que peuvent l’être d’autres. Surtout éduqué à agir à la demande et donc à ne pas s’autoriser d’initiatives particulières. Son épouse Ann Poels pratiquait déjà le reining en professionnelle. Il l’a rejointe en même temps qu’il débute lui-même une carrière qui s’avère jusqu’ici brillante accumulant les titres les plus convoités. Il est actuellement dans le top 5 mondial. Même si pour lui la meilleure demeure son épouse championne du monde NRHA 2008 Open (National Reining Horse Association) un titre obtenu après avoir totalisé le nombre de points le plus élevé lors des différents concours et avoir remporté la somme la plus importante à hauteur des price money.
L’homme est aujourd’hui professionnel. Il se veut modeste discret. Cela ne l’intéresse pas que l’on parle de lui et encore moins de ses performances. Il aime être à cheval dans son cheval et l’évoque en des termes directs précis comme l’est sa main quand il est en selle.
« C’est un sport le reining. Rien à voir avec les cowboys même s’il est tout à fait exact que l’origine des différentes manœuvres que l’on effectue se trouve dans le travail de ranch. Pouvoir stopper son cheval rapidement permet d’attraper un veau le roll back un demi-tour serré permet également de pouvoir travailler le bétail au plus près. Mais ici il est question de techniques et de compétition. Nous sommes loin de la vie de ranch. L’important pour moi » explique Bernard sur un bout de table la casquette toujours vissée sur la tête le blouson porté sur un gros pull et un sandwich en main « c’est d’abord le cheval ensuite le cavalier et puis tout le reste. Pour bien réussir un cheval il faut que celui-ci soit en bonne santé ait un bon moral et du talent. Qu’il soit attentif réceptif. Qu’il comprenne vite et bien. Qu’il reproduise dans cette même logique. C’est un athlète au départ. Au cavalier avec patience et application à en tirer le maximum. »

Tout dans le dos

Le reining est l’épreuve reine de la monte américaine aux côtés des autres (halter pleasure cutting working cow horse pole bending barrel race team penning). Il s’agit d’un parcours imposé appelé pattern qui comprend un ensemble de figures au galop : le roll back (rotation sur 180 degrés demi-tour) le spin (rotation sur 360 degrés un postérieur servant de pivot) les petits et grands cercles à vitesse lente et rapide avec changements de pieds et le backing (reculer).
Dès deux ans les chevaux sont travaillés. D’abord pendant les trois premiers mois pour apprendre les bases de la monte et très vite les différents exercices à raison de cinq fois par semaine. Après dix-huit mois ils sont prêts pour la compétition pour autant qu’ils aient atteint un niveau acceptable.
« Quand je monte le plus important pour moi c’est le dos du cheval » poursuit Bernard. Amusant de constater qu’il est lui-même venu au quarter horse en raison d’un dos fragile et que ce soit la partie du corps qu’il mentionne comme essentielle. Et pour cause… « Si le cavalier ne ressent pas au travers du dos sur quel pied évolue son cheval son changement de pied sera hasardeux ses slides tout autant et que dire des reculers sur grande distance au trot. »
Outre sa morphologie reconnaissable entre mille le quarter horse se caractérise aussi par un mental particulier. Tempérament froid avec du sang que déclenche une demande légère et aboutit à une puissance immédiate et réactive. Ainsi le sliding stop déjà évoqué qui en plein galop l’interrompt brusquement par l’assiette du cavalier tout en glissade au milieu de grandes gerbes de sable que soulèvent les postérieurs traçant deux sillons parfaitement parallèles.

Contrôle et écoute

Ce que les juges regardent et analysent avant de coter : le calme la docilité la précision mais avant tout le contrôle permanent sur chacun des mouvements exécutés. Il faut qu’à tout moment le cheval ne puisse rien faire d’autre que ce que le cavalier lui autorise de faire. Sinon le capital points (70 au départ) diminue très vite.
Comme l’indique le site www.nrha.be en guise de définition : le meilleur cheval de reining est celui qui se laisse librement guider et contrôler par son cavalier sans manifester de résistance apparente complètement aux ordres. Tout mouvement de l'initiative du cheval doit être considéré comme un manque de contrôle du cavalier. Toute déviation par rapport à l'exact parcours prévu est elle aussi assimilée à un manque et/ou une perte temporaire de contrôle et constitue par conséquent une faute pour laquelle des points seront perdus en fonction de la gravité de la déviation. Du crédit sera donné à la fluidité à la finesse à l'attitude à l'autorité et à la rapidité d'exécution des différentes manœuvres imposées tout en utilisant la vitesse sous contrôle de manière à augmenter le degré de difficulté et rendre la prestation plus agréable et captivante pour le public.
Bernard Fonck en évoquant ce qui est « sa vie » comme il dit aime à répéter que « tout doit être propre ». La présentation tant du matériel que du cheval de même que la prestation bien évidemment qui doit être nette et sans bavure. Ainsi souligne-t-il au passage mais avec insistance l’importance des grooms qui veillent en permanence à l’animal.
Pour revenir au rapport avec le cheval il se lance subitement dans ce qui paraît être sa philosophie. Elle ne lui est pas propre cela dit ni à la discipline qu’il s’est choisie : être à l’écoute. Le cheval doit être à l’écoute et le cavalier aussi. A ce moment-là tout devient logique. En tous cas en se posant la question de savoir pourquoi il fait ça et pas ce qu’on lui demande la réponse apporte la solution et permet d’obtenir un résultat.

 

Le quarter horse

Au milieu du XVIIIe siècle le quarter horse issu d’espagnols et d’arabes introduits en Amérique par les Conquistadores et colons européens amélioré ensuite par des pur-sang anglais était utilisé pour la course d’un quart de mile 440 mètres d’où son nom. Par la suite il est devenu l’un des chevaux favoris de la conquête de l’ouest et donc largement associé aux westerns. Son sens du bétail en a fait « l’outil » indispensable dans la vie des ranches.
L’AQHA American Quarter Horse Association responsable du stud-book de la race depuis 1941 compte environ 4 millions de sujets soit le plus gros effectif toutes races confondues. De petite taille (1m50 en moyenne) l'œil vif dans une petite tête triangulaire encolure basse garrot peu prononcé très court c’est un véritable athlète aux nerfs d’acier. Sa musculature lui permet une grande endurance et des démarrages impressionnants (pratique quand il s’agit de rattraper quelques vaches en folie). Son tempérament froid volontaire courageux et coopératif fait de lui un cheval nettement moins peureux que les autres. Sa faible émotivité est un gage de sécurité autre raison de son succès. Mais s’il a de vraies prédispositions à être calme modéré et bien dans sa tête cela provient aussi de son éducation et de son utilisation.