La Belgique s'impose sur la Route du Poisson

Cet article est issu du magazine L’équimag n°8

La Belgique s'impose sur la Route du Poisson

La neuvième édition de la Route du Poisson a souri à l'équipe belge les Traits d'Union en Forêt qui ont décroché la victoire au pied du château de Chantilly le 21 septembre dernier. L'épreuve mythique a emmené un peloton composé d'onze couples de chevaux de trait attelés de Boulogne-sur-Mer à la capitale du cheval en banlieue parisienne sur une durée de vingt-quatre heures. Voyage au coeur de la course.

Texte et photos : Thierry Lefèvre

Jeudi matin hippodrome du Touquet dans le superbe parc international de la Canche. Les chevaux des quinze équipes présentes pour cette neuvième édition de la Route du Poisson se présentent pour un premier contrôle vétérinaire. C'est le premier moment d'angoisse pour certains. Il faut éviter la boiterie sans quoi il faut déjà faire une croix sur l'épreuve. La plupart des équipes sont déjà présentes sur le site depuis mardi. Côté belge c'est une première : trois équipes sont engagées et ces trois phalanges ont pour siège la province de Luxembourg. Les Ardennais belges ont été les pionniers en 1993 alors que les Traits d'Union en Forêt découvrent cette Route du Poisson mais ont déjà participé à des compétitions semblables et notamment – chez nous – aux 24 Heures de Trait attelé le pendant belge de la Route du Poisson qui a connu deux éditions au départ de Libramont. L'équipe des Traits du Coeur était par contre novice en la matière et a voulu faire goûter les plaisirs de la Route à des enfants malades.
La compétition commence avec le marathon. Six parcours sont proposés. Deux sont imposés et parmi les quatre autres il faut en choisir deux certains présentant une plus grande difficulté mais offrant plus de points. Le soleil est radieux en début d'après-midi. Les drapeaux flottent au vent. L'ambiance monte petit à petit. Le public se déplace en nombre pour voir un beau spectacle. Etienne Lejeune (Traits d'Union) s’impose au bout d’une belle démonstration. Côté Ardennais belge c'est la soupe à la grimace l'attelage restait coincé entre deux arbres et laissait filer tous les points. Déception aussi chez les Traits du coeur qui sont finalement disqualifiés.
Le soir c'est l'heure du souper des équipes. C'est la convivialité qui reprend ses droits. Dans un immense manège chacune des quinze équipes présente des spécialités de sa région : des huîtres aux saucisses traditionnelles allemandes de la tartiflette aux tripes du vin blanc à la bière plate anglaise sans oublier les bonnes bières de notre pays.
Vendredi matin. Après une petite promenade dans les rues du Touquet les équipes se retrouvent à quelques pas de la plage pour une épreuve de dételage-attelage combinée à six portes à passer sans déplacer les cônes. Une épreuve mise en place par Félix-Marie Brasseur notre champion du monde d'attelage à quatre chevaux. Et là les Belges vont réaliser une vraie razzia en enlevant les quatre premières places: Patrick Becker (Trait du Coeur) s'impose devant Olivier Mathy un Belge qui menait pour les Traits Ardennais français Jean-Pol « Moustache » Moreau (Ardennais belge) et Pascal Schoukens (Trait d'Union). « Les Belges étaient vraiment au-dessus du lot » avouait Félix-Marie Brasseur. « Ils ont dominé tant à la conduite qu’aux changements des chevaux. Le tracé était technique afin de voir si les meneurs savaient établir de bonnes positions pour les chevaux. Souvent les chevaux n’ont qu’une seule place dans l’attelage ici ce sont ceux qui sont plus équilibrés qui peuvent s’imposer. »
Le soir les meneurs se retrouvent sur la plage de Boulogne-sur-Mer pour une épreuve qui consiste à tirer une barque lestée un flobart sur une distance de 125 mètres dans le sable en assurant ce travail avec une certaine rigueur technique. Nos représentants belges seront moins heureux mais profiteront de leur bonne technique pour limiter les dégâts avant la Route proprement dite.
Samedi matin au port de Boulogne. Il a à nouveau fallu se lever tôt pour être présent à 8 heures sur la ligne de départ. Depuis des mois les chefs d'équipe préparent consciencieusement toutes les étapes d'une quinzaine de kilomètres qui doivent être parcourues en un temps déterminé en rapport avec le poids et la taille des chevaux. Une trop grande célérité ou un retard sont sanctionnés de points qui seront comptabilisés avec les différentes épreuves spéciales qui auront également lieu le samedi aux quatre coins du parcours. Les chronomètres sont alors en ébullition. À la fin de chaque étape les vétérinaires sont présents pour vérifier la condition des chevaux. En cas d'irrégularité (boiterie rythme cardiaque trop élevé ...) ce sont des points de pénalités et l'impossibilité de faire courir les chevaux une étape supplémentaire. La Route du Poisson c'est également une grande fête populaire. Dans chacune des étapes des animations sont proposées aux habitants. La nuit tombe avec la fraîcheur mais cela ne refroidit pas l'ardeur des spectateurs qui ont préparé vêtements chauds breuvages en tout genre et couvertures pour soutenir les athlètes à deux et quatre jambes.
Le jour se lève sur Chantilly et les premières équipes sont annoncées. C'est déjà une grande victoire de rejoindre les abords du château. Pas le temps de se reposer qu'il faut déjà préparer le spectacle de l'après-midi une scène de sept minutes maximum sur le thème de Vattel le célèbre cuisinier qui s'est suicidé car l'arrivage de poissons n'était pas à l'heure pour satisfaire le roi. Au bout du suspense c'est donc les Traits d'Union en Forêt qui remportent cette neuvième édition avec une grande émotion pour tous les membres de l'équipe. « C'est le résultat de toute une équipe où tout le monde a travaillé selon ses capacités » expliquait Patrick Schoukens le chef de l'équipe victorieuse. « On a senti l'équipe très motivée dès les réunions d'avant Route. J'avais senti cette envie de se surpasser. C'est une bande de passionnés à l'image de mon adjoint André Roiseux qui malgré ses responsabilités de chef d'entreprise s'est impliqué complètement dans ce projet. Chaque équipier a vraiment une part de responsabilité dans la réussite de l'équipe. La différence avec les autres concurrents réside peut-être dans le fait que je ne suis pas tenu par un stud-book. J'ai ainsi le choix des meneurs. Je peux même en refuser. »
L'Ardennais belge a également réalisé une belle compétition avec une cinquième place alors qu'il a dû composer un nouvel attelage. Les Traits du Cœur décrochent une encourageante douzième place tout en offrant une expérience unique à deux enfants malades. C'était là la première victoire. « Le niveau des équipes belges s'est nettement amélioré » analysait Félix-Marie Brasseur membre du grand jury lors de cette Route du Poisson. « Il y a de plus en plus de gens expérimentés et qui possèdent une technique de plus en plus affinée. Les Routes comme celle du Poisson permettent à ces meneurs de progresser dans leur technique au quotidien. Et cela reste un grand événement pour soutenir le cheval de trait. »
Le prochain rendez-vous pourrait avoir lieu en 2009 dans la province de Luxembourg. Les autorités politiques provinciales poussent en tout cas à la charrette.