« Je n’ai pas beaucoup dansé mais beaucoup travaillé… »

Cet article est issu du magazine L’équimag n°5

« Je n’ai pas beaucoup dansé mais beaucoup travaillé… »

Voici 22 ans qu’il entraîne des chevaux mais aussi 22 ans qu’il est au sommet de sa discipline. A l’heure actuelle Kurt Martens se trouve sur la première marche du podium dans la course à la cravache d’or et il peut légitimement espérer remporter ce titre honorifique pour la deuxième fois après celui de 2004 qui l’avait vu gagner plus de 200 courses sur l’année calendaire.

Texte : Xavier Rouet
Photos : Frédéric Moisse

Les saisons se suivent et se ressemblent pour Kurt Martens et cette saison est à la mesure des précédentes avec des confirmations mais aussi des révélations dans son effectif signe que la relève est assurée. Entretien chez lui à Deurle où le cheval est roi.

Kurt vos débuts dans les courses ont pour le moins été réussis...

Comme beaucoup j'ai démarré chez les poneys et c’est à l’age de 14 ans que j’ai couru ma première course. A l’époque je courais contre Rémy Bals. Il est vrai qu'en 6 mois j’avais gagné 32 courses et j’avais donc le nombre de victoires suffisantes pour être driver. Seulement à 14 ans je ne pouvais pas me mettre au sulky. J’ai donc dû attendre l’âge de 16 ans... A cette époque je montais les chevaux de mon père qui avec ses deux frères possédait une dizaine de chevaux en tout. Mais j’ai gagné beaucoup de courses pour Raf Depuydt et Marc Martens qui m’ont beaucoup fait monter. Et puis à 16 ans j’ai passé un stage chez Jean Kruithof pendant un an. A l’époque je me souviens que je montais la nocturne du mercredi à Sterrebeek et dans la foulée je partais pour être le jeudi matin sur les pistes chez Jean à l’entraînement. J’ai monté en course jusqu’à l’âge de 30 ans et j’ai pratiquement fini chaque année en tête du classement des jockeys.

A quand remontent vos débuts comme entraîneur ?

Je me suis installé dès l’âge de 18 ans en louant des boxes. Très vite j’ai eu une quarantaine de chevaux à l’entraînement avec beaucoup de propriétaires différents. Avec autant de chevaux je peux vous dire que je n’ai pas beaucoup dansé dans ma jeunesse mais beaucoup travaillé. (rires)

Outre la quantité la qualité a toujours été présente chez vos chevaux ?

C’est vrai que j’ai toujours eu des chevaux de grande classe pour courir avec les bons même si maintenant je suis un peu sans. Phoenix de Retz fut le premier à gagner toutes les grandes courses. Et puis il y a eu Linus Car mais aussi Franconia avec qui j’ai terminé quatrième du Prix Orsi Mangelli en Italie et quatrième du Championnat d’Europe des 4 ans à Enghien. Mais mon meilleur souvenir reste sans aucun doute ma collaboration avec Miss Harriet. C’est une histoire un peu spéciale. A l’époque je suis parti en Suède pour acheter un cheval d’amateur pour un propriétaire. J’arrive chez Lufti Kolgini et je vois Miss Harriet dans une prairie. Il me la présente : c’est une belle jument avec de bonnes origines (la sœur de Miss Harriet est la mère d’NG Pride ). Je la travaille elle est sage mais se deferre. Après avoir fait un tour en Suède je reviens deux jours plus tard pour la revoir et une nouvelle fois elle se deferre. Je repasse trois jours plus tard pour l’acheter et une nouvelle fois elle se deferre. Elle avait 6 ans et 5000 euros de gains. On la ramène je change de ferrure et le fils du propriétaire gagne deux courses en amateur mais me dit: « ce n’est pas un cheval pour moi ». Forcément on s’est vite rendu compte que c’était la grande classe avec le changement de ferrure. Résultat elle a gagné 54 courses dont une à Cagnes avec deux secondes d’avance sur le deuxième. Elle a gagné contre Paparrazy et c’est sûrement avec elle que j’ai pris le plus de plaisir. Depuis c’est l'une de mes poulinières. Mais plus récemment j’ai également eu Red Baron qui a gagné le Darby mais aussi des courses en France à Toulouse et Reims ainsi qu’au trot monté. Et puis il y a eu Nico Star qui a gagné entre autre le Grand Prix Talpe. C’est une histoire particulière car son propriétaire Marc Verstraete est décédé deux minutes après cette victoire sur le champs de course. Et encore plus récemment Sultan Starline a aligné les victoires avant de partir à Malte. Il est revenu mais il ne pourra malheureusement plus courir suite à un problème aux jambes.

Et l’élevage dans tout cela ?

J’ai commencé à élever il y a 5 ans. J’ai actuellement trois poulinières. Miss Harriet (dont on vient de parler) qui est notamment la mère d’Usky Ter Meulen mais aussi Pearl of Butcher avec laquelle j’avais gagné onze courses et pris une deuxième place en douze sorties avant qu’elle n’ait des problèmes de santé. Enfin j’ai Sweet Dream une jument qui vient de chez Joël Hallais.

Vous êtes actuellement en tête au nombre de victoires. Sur quels chevaux allez-vous compter pour la suite ?

Valuta reste sur plusieurs victoires. Elle ne tourne pas trop à droite et c’est une jument de vitesse qui rattrape aujourd'hui le temps perdu car elle souffrait d’un abcès au pied dans sa jeunesse. Apoleon vient de gagner cinq victoires de suite à Waregem et à Kuurne en améliorant son record (1.17.5. sur 2300 mètres) mais il n’est malheureusement pas inscrit dans les bonnes courses sinon il irait avec les meilleurs. Je viens de recevoir Bahama du Boscail qui a très bien travaillé et qui a déjà couru à Mons.
Amazing Bolets est spécial mais possède beaucoup de qualités. Un peu plus qu’Amazing Indycar je pense. Chez les B retenez Braucol un fils d’Eclat de la Crau qui n’est pas encore qualifié. Il travaille avec les meilleurs à la maison de façon incroyable d’ailleurs. Mais il est tardif et très spécial. Dès qu’il quitte la maison et qu’il voit un hippodrome il a peur de tout.
Il y a encore Queen d'Altair qui vient de terminer deuxième à Amiens mais qui a les pieds fragiles. Enfin j’ai reçu Amstrong AS en novembre 2007. Il était blessé et nous nous donnons un an pour le remettre en forme. Il va reprendre le travail en fin d’année. C’est un cheval qui vient d’Allemagne et qui est de grande classe. Avec ses 124.000 euros de gains il est fait pour courir les courses européennes en France.

Contrairement à d’autres vous avez essentiellement des chevaux belges...

Je préfère de loin un bon cheval belge qu’un mauvais français. Mes chevaux sont élevés en Belgique. Lorsqu’un éleveur a un bon cheval qui va le savoir ? Gérard Vergaerde Guido Laureys et moi... Et souvent il arrive chez l’un de nous. En France c’est pareil. Bazire et quelques autres ont le premier choix et nous on arrive pour venir voir la quatrième catégorie. Je vois régulièrement des chevaux français mais je les refuse. Par contre je ne dis pas non lorsqu’ils sont bons. J’ai aussi des chevaux qui viennent de Suède ou des Pays-Bas. Durant un moment j'ai pensé aller en France mais ce n’est pas facile. On ne peut être ici et driver en France. Le travail ne serait pas bien fait. Pour cela il faut être deux... comme Luc et Dirk Roelens ou Geart et Luc Lannoo. Et puis la famille est ici. J’espère simplement que l’avenir me donnera encore quelques bons chevaux pour gagner de grandes courses.