Quand et comment vermifuger au mieux mes chevaux ?

Avouez qu’il y a de quoi y perdre son latin : les uns préconisent de vermifuger à intervalles réguliers et plusieurs fois par an, les autres de ne le faire qu’une fois par an, d’autres encore de ne vermifuger qu’après analyses et si c’est nécessaire… L’ESCCAP (European Scientific Counsel Companion Animal Parasites) et la AAEP (American Association of Equine Practitioners) viennent de publier en 2019 une mise à jour de leurs guidances respectives pour le traitement et le contrôle des parasites gastro-intestinaux chez les chevaux. En voici les points principaux.

Quand et comment vermifuger mes chevaux? Les cavaliers se posent régulièrement la question. Voici la réponse du Dr. Ariane Meersschaert, vétérinaire chez Natagriwal.

En tant qu’herbivores, les chevaux peuvent être infectés par bon nombre de parasites gastro-intestinaux. Chaque cheval qui a accès à une pâture sera exposé de façon répétée à différents parasites au cours de sa vie. Même les chevaux qui passent une grande partie de leur temps au box à l’intérieur ou dans des paddocks non-herbeux peuvent être exposés à certains parasites spécifiques. La prévention, le traitement et le contrôle des parasitoses constituent donc une tâche permanente pour les vétérinaires et les propriétaires de chevaux. 

Actuellement, le contrôle des infections parasitaires repose principalement sur l’utilisation de molécules antiparasitaires, qui sont censées éliminer les parasites du tractus gastro-intestinal des chevaux. L’élimination des parasites diminuera le nombre d’œufs de parasites et de larves infestantes dans l’environnement. En revanche, cette stratégie à elle seule n’est pas soutenable à long terme, si on n’y associe pas d’autres mesures pour prévenir ou minimiser la pression parasitaire. Une hygiène d’étable et de pâture est donc importante dans la lutte intégrée contre le parasitisme :

  • Les parasites sont omniprésents dans le milieu extérieur. Depuis l’utilisation de molécules antiparasitaires très efficaces, aucun parasite n’a été éradiqué. Les parasites auxquels les chevaux sont confrontés ne sont plus les mêmes qu’il y a 40 ou 50 ans : les grands strongles sont rares, les petits strongles et les vers plats sont ceux dont il faut s’inquiéter chez les chevaux adultes, et Parascaris infecte généralement les jeunes chevaux.
  • Le programme de traitement doit prendre en compte le fait qu’il existe des résistances aux antiparasitaires chez les petits strongles et chez Parascaris.
  • Le développement d’œufs en larves infestantes requiert, aux températures appropriées, au moins une (pour les strongles) à deux (pour Parascaris) semaines. Le nettoyage régulier et fréquent des boxes et le ramassage de crottins en prairie vont donc diminuer le risque d’infections importantes. Idéalement, le ramassage de crottins en prairie devrait avoir lieu tous les jours, ou, si ce n’est pas praticable, au moins deux fois par semaine. Si le cheval est maintenu au box, celui-ci devrait également être nettoyé tous les jours, ou, en cas d’impossibilité, le box devrait être nettoyé (mécaniquement et par vapeur) et désinfecté au moins une fois par an avec un désinfectant efficace contre les œufs d’ascaridés.
  • L’utilisation de fumier de cheval comme fertilisant sur une pâture augmentera le risque d’infection par Parascaris spp. et doit donc être évité.
  • Afin d’éviter d’importer de nouveaux parasites et/ou des populations de parasites résistants, chaque cheval nouveau-venu devra être mis en quarantaine et traité dès son arrivée. Le cheval ne devrait être mis en prairie qu’après examen microscopique de ses matières fécales (coprologie) effectué 5 jours après traitement, pour vérifier que le traitement a été efficace et que le cheval n’excrète plus d’œufs de parasites. Et si on veut préserver la biodiversité de la prairie, on attendra qu’il n’y ait plus de résidus de la molécule antiparasitaire dans les crottins émis, car ceux-ci ont une action négative sur les insectes et les autres organismes qui dégradent les crottins et les incorporent dans le sol, la « coprofaune ». Cette coprofaune est aussi utile contre certains insectes nuisibles et sert souvent de nourriture à des prédateurs insectivores (chauves-souris, oiseaux, hérisson…) que l’on essaie de protéger.
  • Les pratiques agricoles, telles que labour profond du paddock, fauchage, rotation des pâtures, pâturage mixte (avec d’autres espèces animales, telles que bovins ou moutons),… vont aider à réduire la présence de stades larvaires infestants.
  • La charge à l’hectare joue un rôle prépondérant dans la lutte intégrée contre le parasitisme : le meilleur programme antiparasitaire sera nul si la pression parasitaire est trop forte à cause de la présence d’un trop grand nombre de chevaux par unité de superficie. La charge à l’hectare peut varier en fonction de la hauteur de l’herbe, mais il ne faudrait jamais dépasser 2 à 3 chevaux par hectare en moyenne sur toute la saison.

AUSSI PEU QUE POSSIBLE ET...

Il est important de comprendre que ce sont des pratiques de sous-dosage ou de traitements trop fréquents qui sont à l’origine de l’émergence de la résistance aux antiparasitaires. Donc, pour éviter cette résistance, il convient de traiter « aussi peu que possible ; aussi souvent que nécessaire ». La meilleure façon de savoir s’il faut traiter ou pas est d’effectuer des examens microscopiques des matières fécales (coprologies) via votre vétérinaire, afin d’avoir une idée du statut parasitaire d’un cheval individuellement ou d’un troupeau de chevaux.

A l’heure actuelle, il existe deux approches de traitement pour la gestion des petits strongles chez les chevaux adultes :

  • Traitement sélectif : dans un troupeau, il y a des chevaux qui excrètent beaucoup d’œufs de parasites, et d’autres qui en excrètent peu. On estime que 20% des chevaux excrètent 80% des œufs de parasites. L’enjeu du traitement sélectif est de détecter et de ne vermifuger que ceux qui en excrètent beaucoup. Pour cela, il faut réaliser des coprologies au moins 4 fois par an au début, puis, lorsque le vétérinaire estime que la situation épidémiologique est stable, 3 fois par an (début, milieu et fin de saison). Le fait de ne traiter que les animaux « fort excréteurs » va permettre de maintenir une « population-refuge » de vers sensibles, qui empêchera ou retardera l’apparition de résistance. Cette façon de procéder requiert toutefois la réalisation d’un monitoring de la présence de grands strongles (par coproculture), car l’attitude à adopter est différente en présence de grands strongles.
  • Traitement stratégique : l’âge du cheval détermine la façon de vermifuger. Les poulains seront vermifugés vers l’âge de 2 mois (p.ex. en mai-juin), 5 mois (p.ex. en août-septembre) et 8 mois (p.ex. en novembre-décembre). La recommandation de vermifuger les poulains toutes les 4 à 8 semaines pendant leur première année de vie n’est plus appropriée, à cause de la résistance de la part de Parascaris et des petits strongles vis-à-vis des antiparasitaires utilisés. Un vermifuge vers 11-12 mois (p.ex. en février-mars) ne se justifie que si la coprologie montre que l’animal est parasité. Pour le cheval entre 1 et 4 ans, 3 coprologies (1-2 mois après mise en pâture, 4-5 mois après mise en pâture et au moment de rentrer à l’étable) et un vermifuge adapté aux parasites retrouvés à chacun de ces moments de contrôle sont recommandés. Chez le cheval adulte, on utilise les mêmes moments de contrôle, avec toutefois seulement un traitement si la coprologie indique qu’il y a infection parasitaire. Au moment de la rentrée à l’étable pour l’hiver, l’idéal est de vermifuger (après les premières gelées) avec une molécule active contre les larves enkystées des petits strongles. Le cas échéant, ce traitement sera également efficace contre les larves de gastérophiles, invisibles à la coprologie.

EN CONCLUSION

Eradiquer les parasites est illusoire ; il faut apprendre à vivre avec eux, à créer un équilibre entre les parasites et leurs hôtes. C’est d’autant plus important dans les milieux où on essaie de préserver ou de restaurer la biodiversité (Natura 2000, prairies à haute valeur biologique), car les molécules antiparasitaires ont un impact négatif sur la biodiversité de la prairie. Cette fin de saison de pâturage est le moment idéal pour faire le point sur les parasites auxquels sont confrontés vos chevaux, et pour établir le meilleur moment pour procéder encore à des coprologies et les vermifuger. Parlez-en avec votre vétérinaire !

Dr. Ariane Meersschaert, vétérinaire chez Natagriwal*

 

 

Pour en savoir plus, consultez notre brochure sur la gestion raisonnée du parasitisme chez les chevaux

Références

https://www.esccap.eu/uploads/docs/5jhnq7rj_ESCCAP_Equine_Guideline_2018_ENG_2ndapril2019_Ed.pdf
https://aaep.org/guidelines/parasite-control-guidelines

*Natagriwal est une association sans but lucratif (asbl) dont la principale mission est d’informer, conseiller et encadrer les agriculteurs, forestiers et propriétaires publics ou privés dans la mise en œuvre du programme agroenvironnemental et du réseau écologique européen Natura 2000. Natagriwal regroupe les conseillers en agroenvironnement (ou « conseillers MAE ») et les « conseillers Natura 2000 » dont les activités couvrent toute la Région wallonne. Pour en savoir plus : www.natagriwal.be

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